Le 11 août 2011 par Laurence SCHMITT
Nao, histoire humaine

Bruno Maisonnier est aussi étonnant et passionnant que son petit Nao. Un adorable humanoïde, considéré comme le plus doué de sa génération, annonciateur de la révolution robotique à venir.

Bruno Maisonnier a toujours cru en l’avenir de la robotique. Il est même convaicu que la France pourrait être leader dans ce domaine. Photo Maxppp

C ’EST  une  histoire  comme  on  les aime.  Que Bruno Maisonnier raconte avec volupté. Une histoire au goût de tout est possible et de rêveréalisé. « J’étais en échec scolaire jusqu’à l’âge de 12-13 ans », raconte le fondateur d’Aldebaran Robotics et père du petit Nao, le robot humanoïde le plussophistiqué  du  moment,  dit-on  même  au Japon !

« Un jour, je suis tombé sur un roman de science-fiction. Ce fut le déclic. » Le jeune Lyonnais réclame et réclame encore à ses parents des cours d’électronique par correspondance et crée ses petits gadgets à lui. « Qu’est-ce que j’ai pu embêter mes frères et sœurs avec mes insectes sauteurs ! », s’amuse-t-il encore aujourd’hui avec ses yeux rieurs, son impressionnant débit de voix, pressé de tout raconter. Il se rebranche sur le système scolaire, remonte jusqu’aux  premières  places  et  termine  polytechnicien !  Belle histoire  disions-nous,  et  pour  Bruno Maisonnier,  toujours  cette  fascination  pour les robots qu’il continue de bidouiller dans sa chambre. Ses années de Polytechnique tombent au tout début de la micro-informatique. « J’ai vu arriver les premiers Commodore, des milliers de personnes en achetaient, même si à l’époque ça ne servait à rien. Chacun savait que ce n’était pas du temps perdu, mais des compétences à venir, des défis. » Il était convaincu que la robotique connaîtrait le même avenir. « Je me suis dit : un jour je serai l’IBM de la robotique. » Forfanterie, utopie ? Pragmatisme avant tout, pour cet  homme  à  la  carrure  massive  et  au  sourire d’enfant. « J’étais dans l’attente du bon moment. » Ce qui ressemblait hier à des chemins de traverse prend aujourd’hui  des allures  d’autoroute.  Les  Telecoms « parce que j’avais besoin de maîtriser cette technolo-gie », six ou sept sociétés de services informatiques puis, contre toute attente, le Crédit Agricole.

« J’ai suivi un mec. Un grand manager. Un type humain dans une boîte humaine. » Il devait commencer tout en bas de l’échelle, « je suis devenu directeur informatique  au bout  de  trois  mois ».  Puis  directeur  des ressources humaines,  directeur  de  la communication, directeur financier, directeur général. Tout  le cursus. « Ne me manquait que l’étranger. » Qu’il est allé chercher au Portugal, au Brésil, en Pologne. Tapis rouge pour une carrière. Sauf que pendant tout ce temps, Bruno Maisonnier n’a jamais cessé de construire des robots, de suivre des formations et de surveiller les nouvelles technologies comme le lait sur le feu. Tout s’accélère en 2003. Les smartphones  déboulent  sur  le marché. « Les technologies étaient prêtes. Moi aussi. » Il quitte tout. Casse sa tirelire. Créé Aldebaran Robotics en 2005,  du  nom  de  la  constellation  du  Taureau. L’homme a toujours la tête dans les étoiles, mais garde les pieds sur terre. Il commence par une étude de marché, « 40 % de mes idées étaient nulles, mais deux idées maîtresses m’ont convaincu : on peut créer une grande boîte internationale de robotique et les gens n’ont rien à faire de la technologie. Ils veulent se dire « il est trop mignon,  je le veux ». »

Six ans plus tard : 300 m2 dans le XIV e arrondissement, 110  jeunes  salariés hautement diplômés ,joyeux  mélange d’une dizaine  de nationalités. Tous visages baissés, lampe de bureau braquée sur Nao, ses multiples branchements, quatre micros, deux caméras, émetteurs-récepteurs infrarouges  et  petite dizaine  de  capteurs. C’est  en  plein Paris  qu’est assemblée la petite merveille de 60 cm de haut. Un concentré de technologie. « Pas mal d’idées originales sans être révolutionnaires, tempère Bruno Maisonnier. Surtout une façon pragmatique et rusée defaire quelque chose. » Trente années de robotique du dimanche lui permettaient d’aller droit au but. En dix-huit mois, le premier Nao était né. « Puis on a mis un an pour tout refaire. On l’a stabilisé, optimisé et certifié ! » Aujourd’hui, Nao  marche,  danse,  parle,  lit  des mails,  joue au foot, raconte des histoires. On le dit plus performant que les meilleurs japonais. Et son génie,  c’est  sa  bouille.  Ses yeux, presque aussi curieux  et  gourmands que son géniteur.  Pour le coup, Aldebaran doit une fière chandelle à Créapole, l’école de design parisienne qui, dès 2004, adhère au projet et dessine le robot. Tout le monde adore le look de ce bonhomme aux yeux ronds d’enfants, à la voix assurée et à la gestuelle fluide. Une vraie marque de fabrique française. Rien des robocops américains ou des mécaniques industrielles japonaises. Un garçonnet qui attendrit,  que  chacun  voudrait  pour compagnon. Exactement ce que recherchait Bruno Maisonnier. « Les gamins développent des émotions avec leur doudou, les hommes avec leur voiture. Un robot  peut  renvoyer  un  affect  positif. »  Il  croit  à l‘avenir des robots sans penser qu’un jour ils puissent prendre la place de l’homme, « juste les aider, créer des services nouveaux pour les enfants, les personnes âgées ». Une révolution à venir, prévient-il. Et  pour  imaginer  des  applications  nouvelles,  le roboticien  va  chercher  les compétences.  Partout. Dans les écoles d’ingénieur, les labos de recherche. Il vend des Nao par  centaines.  A  bon  prix. Aux chercheurs de lui trouver de nouvelles applications. Car Nao n’est pas un jouet.

Depuis deux ans, les choses avancent vite et bien. « Des laboratoires de médecine  font interagir Nao avec des enfants autistes. Les neurosciences s’en servent pour comprendre la structuration  du  cerveau humain. » A Metz-Technopole, Supelec et sa toute nouvelle Smartroom  développent  «  son apprentissage  par  renforcement  », expliquent Jean-Baptiste Tavernier, chargé du développement de la SmartRoom et Serge Perrine, directeur de l’Ecole supérieure d’électricité. Nao est capable  de  modifier  lui-même  ses paramètres  et  donc d’apprendre : « Il est plus proche du fonctionnement du cerveau humain que du PC d’ordinateur ». Quand  la science-fiction s’invite au présent, ça peut faire peur. Bruno Maisonnier, lui, ne craint pas la machine intelligente mais reste professionnel: sa commission  sociétale  est  composée d’anthropologues, philosophes, médecins, journalistes, sociologues.

Et depuis quelques semaines à peine, sur les tables de travail des jeunes roboticiens d’Aldebaran, le grand frère de Nao prend vie : Roméo, plus grand, plus efficace, prologue à la grande aventure du robot domestique de demain !


Source : Article rédigé par Laurence SCHMITT et publié le 27/03/2011 dans le Républicain Lorrain

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